Le poète omanais Ibrahim Al-Hajri et la poétesse qatarie Suad Al-Kuwari souhaitaient faire de la soirée organisée par l’Union des écrivains des Émirats et présentée par le poète Al-Hanouf Mohammed une célébration de la poésie et susciter l’enthousiasme du public. Ce dernier, bien que magnifique et réussi, fut invité à applaudir à plusieurs reprises, mais sans grand enthousiasme. Peut-être aspirait-il à se laisser porter par la poésie et sa signification. Tout au long de la soirée, les deux poètes échangèrent leurs poèmes, Suad Al-Kuwari commençant par présenter des extraits de ses poèmes courts : « La Décision », « C’est le soir », « Résurrection », « Le Paon » et « À la porte ». Ces poèmes, en général, explorent la profondeur du rapport au lieu, aux personnes et aux choses, employant tantôt une structure narrative dramatique, tantôt un langage poétique concis et soulignant la puissance du sens. Les poèmes d’Al-Kuwari, dans leur style général, se caractérisent par une transparence et une sensibilité particulièrement féminines, perceptibles dans le choix des mots et l’atmosphère de ses phrases. On y perçoit une douleur latente et des fins ouvertes ; elle s’adresse au monde, elle s’adresse à un individu en particulier, et elle fusionne avec le langage pour l’imprégner d’une vitalité latente et créer des espaces propices à l’évasion dans l’intimité des rêves et des expériences. Au fil des ans, Suad Al-Kuwari a publié plusieurs recueils de poésie, dont « Rides » (1995), « Héritière du désert » et « Une nouvelle porte d’entrée ». Elle a également participé à de nombreux festivals et rencontres de poésie arabe. Les poèmes d’Ibrahim Al-Hajri possèdent une saveur unique, car il a tendance à fonder ses textes sur un éventail de dimensions culturelles, historiques, voire narcissiques. Pour lui, la poésie devient un espace de mythification de l’instant et de contemplation de l’impossible. Al-Hajri écrit une poésie captivée par la surprise, atteignant des significations proches de la sagesse, tout en évitant l’excès. Il laisse ainsi au poème la liberté d’embrasser son propre chaos et sa belle folie. Il préserve la capacité du poème à intégrer des éléments issus de la relation du poète avec son environnement et de son rapport quotidien à la douleur, tant personnelle que collective. Al-Hajri a publié ses œuvres dans plusieurs journaux et revues culturelles, et son premier recueil de poésie, « L’Architecture de l’eau », est à paraître. En somme, ce fut une magnifique soirée de poésie, un espace pour deux voix poétiques d’une grande singularité, capables de produire une poésie qui ne prétend pas être véritablement poétique.