Suad Al-Kuwari : Mes premiers écrits poétiques remontent à mes années universitaires.

La poétesse qatarie Suad Al-Kuwari est titulaire d’une licence de l’Université du Qatar et travaille comme conseillère culturelle au ministère de la Culture du Qatar. Elle écrit de la poésie classique et vernaculaire.

Ses premiers essais poétiques remontent à ses années universitaires, période où ses premières œuvres ont pris forme.

(Asf News) a rencontré la poétesse Al-Kuwari ; voici un extrait de leur entretien :

• Chaque poète a une enfance emplie d’amour et de passion. À quoi ressemblait la vôtre, et quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ?

Elle a répondu : Mon enfance a été très ordinaire, au sein d’une famille qui ne privilégiait pas directement la culture, mais plutôt l’éducation. Ma famille tenait à ce que tous ses membres reçoivent une éducation de qualité, ce qui m’a inculqué très jeune l’amour de la lecture. Cependant, le style d’écriture qui m’attirait n’était pas encore défini ; je m’exprimais de manière simple et parfois vague. Puis vint l’université, et mon intérêt et mon désir de poursuivre une carrière littéraire m’ont conduite à étudier la langue et la littérature arabes. Mon expérience ultérieure dans le secteur culturel m’a motivée à poursuivre et à me consacrer pleinement à ce domaine, animée d’une véritable passion et d’un amour profond pour lui.

• Sur quoi Suad Al-Kuwari s’appuyait-elle pour son vocabulaire poétique, sachant que la plupart des poètes explorent les thèmes de la distance et du désir dans leurs poèmes ?

• *Elle a répondu : Je me suis appuyée sur mon bagage culturel, un mélange de mon amour pour la littérature mondiale et les cultures d’autres peuples, combiné à ma culture locale. Cela a créé une harmonie dans mes œuvres littéraires, notamment dans mes cinq recueils de poésie écrits en arabe classique. Les lecteurs perçoivent clairement l’entrelacement et le métissage des cultures à travers le vocabulaire que j’ai employé.

Je me suis également inspirée de mes expériences personnelles pour aborder divers sujets, ce qui m’a donné un style unique. Peut-être que le milieu culturel de ma ville à l’époque ne l’a pas immédiatement accepté, mais c’est devenu par la suite une caractéristique distinctive de mon écriture.

• Qui vous a soutenue, votre famille ou vos amis ?

*Elle a répondu : Bien sûr, ma famille, et plus particulièrement la petite famille que j’ai fondée avec mon mari. Il a été mon principal soutien pour poursuivre mon chemin. Mes amis partageaient aussi ma passion pour le travail culturel, et leur soutien a été la pierre angulaire sur laquelle j’ai bâti par la suite mon empire littéraire.

• Pourquoi êtes-vous tombée amoureuse de l’écriture poétique ?

Elle a répondu : « Ma poésie est née des diverses expériences de vie que j’ai vécues. J’ai été influencée par les personnes qui ont croisé mon chemin, mais ce qui m’a véritablement guidée et soutenue, c’est un large cercle d’admirateurs et de critiques, notamment mes professeurs à l’école et à l’université. Plus tard, ma famille et mon environnement professionnel ont joué un rôle important. J’ai longtemps dirigé un salon culturel, ce qui m’a permis d’acquérir de l’expérience et des connaissances auprès des habitués. Leur soutien et leurs commentaires ont été essentiels à ma réussite.»

• Combien de recueils de poésie avez-vous publiés ?

*Elle a répondu : J’ai publié plusieurs ouvrages :

1- Mon âme n’était pas (2000) Poésie arabe classique

2- Héritière du désert (2001) Poésie arabe classique

3- À la recherche de la vie (2001) Poésie arabe classique

4- Une nouvelle porte à franchir (2001) Poésie arabe classique

5- Reine des montagnes (2004) Poésie arabe classique

6- Œuvres poétiques complètes 2022

Poésie nationale déclamée :

1- Le Qatar est différent (Poésie lyrique nationale)

• Avez-vous vécu une expérience qui vous a influencée poétiquement ?

*Elle a répondu : Oui, de nombreuses expériences de vie m’ont influencée tant sur le plan personnel que créatif, donnant naissance à cet ensemble d’œuvres littéraires. Mes expériences de déménagement d’un environnement à un autre ont enrichi mon écriture de divers états psychologiques. Le développement rapide observé dans les pays du Golfe, évident pour tous, a également contribué à une vie plus épanouie et a permis aux femmes de participer activement, d’affirmer leur présence et de collaborer avec les hommes à la construction de la société. Tout cela a profondément influencé mon expérience poétique.

• Avez-vous participé à des événements locaux ou internationaux ?

*Elle a répondu : Oui, j’ai participé à de nombreux événements locaux et internationaux. Ce furent de formidables occasions de rencontrer d’autres poètes et de vivre une interaction directe avec le public, chose qui nous manque énormément aujourd’hui, car ces festivals ont disparu ou la participation a diminué avec l’essor des réseaux sociaux et la transformation des communications. Désormais, chacun a son propre canal. Communiquer est devenu plus difficile ; il n’existe plus de plateforme centrale autour de laquelle nous rassembler. Chaque artiste a sa propre plateforme, et le public doit aller à sa rencontre. Bien que cette évolution soit positive, elle exige des efforts considérables pour se faire connaître et s’imposer.

Ses participations incluent :

Le Festival culturel de Doha (2002),

Le Festival Al-Khansa au Sultanat d’Oman (2002),

Le Mois culturel du Golfe organisé par l’Union des écrivains des Émirats à Sharjah et à Abou Dabi (2002),

Le Festival Al-Bajrawiya au Soudan (2002),

Le Festival du Printemps de la poésie à Paris organisé par l’Institut du monde arabe (2003),

Sa nomination comme membre du jury du concours de nouvelles dans le cadre du plan d’activités culturelles (2002),

Le Festival Al-Mutanabbi en Subsra (2004),

Le Festival de Medellín en Colombie (2005),

Elle a été sélectionnée par le Mouvement mondial de la poésie, basé au Chili, comme ambassadrice de la poésie arabe pour l’État du Qatar, parmi 18 poètes arabes choisis comme ambassadeurs de la poésie pour leurs pays respectifs, sur un total de 3 500 poètes des cinq continents.

• Quand avez-vous commencé à écrire des chansons, et quelles sont vos œuvres les plus importantes dans ce domaine ?

• Elle a répondu : J’ai commencé à écrire des chansons en 2015.

Parmi ses œuvres les plus importantes :

– Mon témoignage à ton sujet est partial, par l’artiste Adel Ibrahim, 2015.

– Mon âme est sacrifiée pour toi, par l’artiste Aayel, 2015.

– Peu importe, par l’artiste Zainab Al-Abdullah, 2015.

– Enfin, tu es gentil avec moi, par l’artiste Nasser Suhaim, 2016.

– Héros, par l’artiste Qusay Dawood, 2017.

– Crois-moi, par l’artiste Lamia, 2017.

– Premier amour, par l’artiste Abbas Al-Amir, 2018.

– L’amour de ma famille, par l’artiste Abbas Al-Amir, 2018.

– Tu es dans mes pensées, par l’artiste Abbas Al-Amir, 2018.

– Ça prend du temps, tu vois, par l’artiste Mohammed. Al-Haidous, 2018.

– Je ne t’ai pas oublié(e), par Abbas Al-Amir, 2018.

– Dieu me suffit, par Diaa Al-Safeer, 2018. – Ils ont changé, malheureusement. Artiste : Diaa Al-Safeer, 2018.

– Sur le talon, Artiste : Diaa Al-Safeer, 2018.

– Mon amour éternel, Artistes : Abbas Al-Amir et Hanin Haddad, 2018.

– Tu me manques à chaque instant, Artiste : Abbas Al-Amir, 2019.

– Tu es dans mes pensées, Artistes : Al-Amir et Basem Al-Aboud, 2019.

– Tu es dans mes pensées, Artiste : Abbas Al-Amir.

– Mon rêve

“Al-Wardi” de l’artiste Bader Al-Badiri, 2019.

“Mamnounak” de l’artiste Abbas Al-Amir, 2020.

“Mo Aadatak” de l’artiste Almas, 2020.

“Bil-Mathal” de l’artiste Jawahir, 2020.

“Kullak Asal” de l’artiste Laila Al-Kandari, 2020.

“Hey Shno” des artistes Noura et Abbas Al-Amir, 2020.

“Ghammed Einak” de l’artiste Abbas Al-Amir, 2021.

“Ummi” de l’artiste Suad, 2021.

“Al-Hob Al-Qawi” de l’artiste Abbas Al-Amir, 2021.

“Al-Jamal Hob” de l’artiste Nasser Suhaim, 2021.

“Qanun Al-Hob” par l’artiste Abbas Al-Amir, 2021.

« Malini Hob ​​», par les artistes Abbas Al-Amir et Laith Abu Joudah, 2021.

« Athkur Sawtak », par l’artiste Abbas Al-Amir, 2021.

« Shouraikum », par l’artiste Mohammed Al-Hashemi, 2022. – Mon ange, par l’artiste Abbas Al-Amir, 2022.

– J’étais avec toi, par l’artiste Abbas Al-Amir, 2022.

Quant aux œuvres artistiques nationales :

1- Nous adorons ta terre, Qatar, composé par Mishari Al-Awadhi, interprété par le Chœur du Koweït, 2018.

2- Vive le Qatar, Maison de la Musique, 2018.

3- Dieu est mon témoin – Anwar, 2022.

• Qui est votre modèle en poésie ?

Elle a répondu : À mes débuts, j’étais très influencée par la poésie traduite. Le poète Tagore a eu un impact considérable, et le poète français Jacques Prévert occupait également une place particulière dans mon cœur. Plus tard, j’ai été influencée par les poètes en prose, notamment ceux du Golfe arabique, tels que Qasim Haddad, Saif Al-Rahbi, Dhubiya Khamis et bien d’autres, ainsi que Mahmoud Darwish et Adonis. Ensuite, j’ai commencé à lire des auteurs-compositeurs comme Abdul Latif Al-Bannai, Saher, Khalid Al-Faisal et bien d’autres encore. Chaque poète que j’ai lu m’a influencée indirectement et a marqué mon expérience créative.

• On dit que la poésie a des mètres. Quel mètre avez-vous choisi ?

• Elle a répondu : Effectivement, à mes débuts, la question des mètres m’intéressait, mais je m’en suis éloignée par la suite car mon style d’écriture est très différent de ce style contraignant.

• Quel poème vous a fait connaître du public ?

• • Elle a répondu : Mon premier recueil de poèmes, « Mon âme n’était pas », a commencé à prendre forme, tissant un fil conducteur d’expériences qui s’étend de « Héritière du désert » et « Reine des montagnes » à « À la recherche de la vie ».

Pour moi, l’expérience est un voyage continu et interconnecté.

• Un dernier mot pour conclure notre entretien ?

* Elle a répondu : Merci infiniment de m’avoir donné l’occasion de partager un peu de mon vécu. J’espère que mon expérience aura touché celles et ceux qui s’intéressent à la scène culturelle, et que je pourrai être l’une de celles et ceux qui ont su préserver leur intégrité et rester dévoués à la culture.

 

Supplément culturel d'Okaz : Qu'a dit la poétesse Suad Al-Kuwari sur la féminité, le désert et la poésie moderne ? Entretien réalisé par Ali Al-Rubaie.

La poétesse Suad Al-Kuwari est convaincue que la poésie favorise la compréhension interculturelle et contribue à exprimer la créativité. Elle a commencé à écrire très jeune, intégrant le monde de l’édition en 2000, et ses œuvres ont depuis été publiées régulièrement. Elle s’est ensuite consacrée à des activités culturelles avant de rassembler l’intégralité de son œuvre en un seul recueil. Elle a participé à des soirées et événements poétiques internationaux, et le Mouvement mondial de la poésie, fondé par le poète colombien Fernando et basé en Colombie, l’a nommée coordinatrice de la poésie au Qatar. Voici le texte de notre entretien avec elle :

Quelle est l’histoire de votre premier poème ? A-t-il été imprimé ou composé ?

Honnêtement, je ne me souviens pas du premier texte, peut-être parce que j’écris toujours et que je considère chaque texte comme le premier. Mais si l’on considère le premier texte comme le premier recueil, alors c’est cette expérience que je peux véritablement qualifier de première. Il a mérité sa place et le droit d’être publié, devenant une réalité que je ne peux ni ignorer ni nier, même si j’ai ignoré de nombreuses expériences précédentes. Mais puisque c’est devenu une réalité dans ma vie, disons que le recueil « Ce n’était pas mon âme » est le premier texte qui mérite d’être reconnu.

Qui a soutenu, motivé et guidé la poétesse dans une société qui ne tolère pas la dissidence ?

La voix féminine rebelle a besoin d’un soutien extérieur pour persévérer et résister à toutes les épreuves. Cependant, avec un mari qui comprend et apprécie ces choses, les difficultés s’atténuent. Il a toujours été là pour moi à chaque étape de mon parcours, ce qui m’a permis de persévérer malgré tout. Il m’a soutenue et a approuvé toutes mes idées. Je lui dois tout ce que j’ai accompli.

Votre écriture possède un esprit unique et moderne, incomparable. D’où vous vient cet esprit ?

De la vie elle-même, des lectures diverses que j’ai faites, de la conviction que nous sommes tous différents, chacun avec sa propre voix – une conviction que j’ai toujours défendue. De nombreuses choses ont façonné cet esprit.

Votre environnement initial a-t-il joué un rôle dans l’émergence de votre créativité, dans l’allumage de votre étincelle de génie ? Et qui a été le mentor qui vous a guidé dès le départ ?

En effet, j’ai ressenti des influences subtiles dont je n’avais pas conscience, mais que j’ai perçues dès le début. Je sentais quelque chose de différent, quelque chose d’étrangement lié à ma vie, et j’ai toujours pensé que c’était normal, sans y prêter attention. J’exerçais mon droit à la vie et je recherchais cette part de moi qui résistait à toute forme d’épreuve. Cela s’est manifesté sous différentes formes jusqu’à se fixer sur celle-ci, devenue indissociable de moi, et que je ne sais comment nommer. Bien que je n’aie pas encore adopté d’autres styles d’écriture, au terme de ce parcours incertain, j’ai opté pour cette forme qui défie toute catégorisation, quelque chose d’étrange et pourtant de familier. L’étincelle de créativité brille encore malgré les expériences et les années qui ont passé, et à chaque étape, un mentor différent se présente. Peut-être se ressemblent-elles par la forme mais diffèrent-elles par le fond, mais au final, j’ai toujours l’impression de faire un premier pas.

Étiez-vous l’ombre ou le prolongement de pères dont les expériences se reflétaient en vous ?

Absolument. Je suis le prolongement de nombreux noms qui ont façonné mon goût créatif depuis la nuit des temps, et je sens encore leur présence partout. Parfois, je les recherche, car je suis un mélange d’expériences passées et présentes que j’explore encore avec prudence.

Dans le cadre des activités du « Forum du mardi » à l'Union des écrivains, deux voix du Golfe défendent la poésie de la féminité et de la surprise.

Le poète omanais Ibrahim Al-Hajri et la poétesse qatarie Suad Al-Kuwari souhaitaient faire de la soirée organisée par l’Union des écrivains des Émirats et présentée par le poète Al-Hanouf Mohammed une célébration de la poésie et susciter l’enthousiasme du public. Ce dernier, bien que magnifique et réussi, fut invité à applaudir à plusieurs reprises, mais sans grand enthousiasme. Peut-être aspirait-il à se laisser porter par la poésie et sa signification. Tout au long de la soirée, les deux poètes échangèrent leurs poèmes, Suad Al-Kuwari commençant par présenter des extraits de ses poèmes courts : « La Décision », « C’est le soir », « Résurrection », « Le Paon » et « À la porte ». Ces poèmes, en général, explorent la profondeur du rapport au lieu, aux personnes et aux choses, employant tantôt une structure narrative dramatique, tantôt un langage poétique concis et soulignant la puissance du sens. Les poèmes d’Al-Kuwari, dans leur style général, se caractérisent par une transparence et une sensibilité particulièrement féminines, perceptibles dans le choix des mots et l’atmosphère de ses phrases. On y perçoit une douleur latente et des fins ouvertes ; elle s’adresse au monde, elle s’adresse à un individu en particulier, et elle fusionne avec le langage pour l’imprégner d’une vitalité latente et créer des espaces propices à l’évasion dans l’intimité des rêves et des expériences. Au fil des ans, Suad Al-Kuwari a publié plusieurs recueils de poésie, dont « Rides » (1995), « Héritière du désert » et « Une nouvelle porte d’entrée ». Elle a également participé à de nombreux festivals et rencontres de poésie arabe. Les poèmes d’Ibrahim Al-Hajri possèdent une saveur unique, car il a tendance à fonder ses textes sur un éventail de dimensions culturelles, historiques, voire narcissiques. Pour lui, la poésie devient un espace de mythification de l’instant et de contemplation de l’impossible. Al-Hajri écrit une poésie captivée par la surprise, atteignant des significations proches de la sagesse, tout en évitant l’excès. Il laisse ainsi au poème la liberté d’embrasser son propre chaos et sa belle folie. Il préserve la capacité du poème à intégrer des éléments issus de la relation du poète avec son environnement et de son rapport quotidien à la douleur, tant personnelle que collective. Al-Hajri a publié ses œuvres dans plusieurs journaux et revues culturelles, et son premier recueil de poésie, « L’Architecture de l’eau », est à paraître. En somme, ce fut une magnifique soirée de poésie, un espace pour deux voix poétiques d’une grande singularité, capables de produire une poésie qui ne prétend pas être véritablement poétique.